Vie-Nouvelle

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Dieu n’a pas rejeté Son Eglise en raison des scandales

 

Dieu n’a pas rejeté Son Eglise en raison des scandales causés par les abus sexuels perpétrés par certains de ses membres.

Article de Menahem Macina

 

De nos jours, nombre de chrétiens croient ou inclinent à croire que Dieu a rejeté l’Eglise ou est sur le point de le faire. Désemparés par le dévoilement – inattendu pour la grande majorité d’entre eux – de l’étendue des dégâts désormais connus, causé par les désordres sexuels et les agressions sur mineurs commis par des membres du clergé, ils prêtent l’oreille à des propos, catastrophistes et souvent malintentionnés, de gens sans mandat ecclésial qui, « jettent le trouble parmi [les fidèles] et bouleversent [leurs] esprits » (Cf. Actes 15, 24), allant même, pour certains, jusqu’à les suivre dans leur défection de l’Eglise, ou au moins à dénigrer celle-ci sans discrimination.

 

J’espère montrer, dans la brève analyse qui suit, que l’Ecriture n’accrédite nullement cette perception des faits. Certes, nul ne nie le trauma spirituel et doctrinal causé aux fidèles par ces scandales sexuels contemporains, qui sont désormais de notoriété publique, et dans lesquels sont impliqués non seulement des clercs et des religieux ordinaires, mais également des prélats, des évêques et des cardinaux. Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le sujet, l’accent étant majoritairement mis sur la genèse socioreligieuse du phénomène et sur la recherche de ses ‘causes’ supposées ; je n’y ajouterai rien.

 

Les plus hautes autorités de l’Eglise, - et, à leur tête, le pape François – ont pris le problème à bras le corps. On assiste à de véritables ‘états généraux’, tant en haut lieu (assemblées d’évêques, p. ex.), qu’à un niveau plus populaire. Les médias catholiques se mobilisent, tel, entre autres, le journal catholique La Croix qui, via ses blogs, appelle à « réparer l’Eglise ».

 

Avant d’exposer ma saisie personnelle de la situation, je recommande instamment à celles et ceux qui veulent se forger une opinion équilibrée, a fortiori s’ils envisagent de s’engager dans quelque action que ce soit, de lire attentivement les pièces du dossier, et d’abord les documents signalés ici et auxquels je renvoie.

 

Ma contribution personnelle, dans cet article, est modeste. Elle consiste principalement à situer cette crise majeure dans le continuum de l’histoire du peuple de Dieu, telle qu’elle ressort des Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament.

 

Les 33 versets du Psaume 89, que je cite ci-après, pourraient être le point de départ d’une analyse théologique de l’attitude de Dieu à l’égard des péchés et des trahisons de Son peuple, dont j’ignore si elle a été réalisée. Pour ma part, j’y vois un paradigme susceptible d’aider les fidèles à prendre la juste mesure spirituelle de la situation dramatique de l’Eglise et de mieux contribuer à sa guérison.

 

Pour contextualiser, autant que faire se peut, une situation aussi inédite pour les fidèles de notre époque, il convient de se remémorer les transgressions qui ont jalonné l’histoire des rapports entre Dieu et Son peuple aux temps bibliques. Depuis l’apostasie de l’épisode du veau d’or, Israël a maintes fois désobéi et résisté à Dieu, non sans se repentir épisodiquement, certes, mais en faisant souvent preuve d’inconstance, de présomption et d’endurcissement de coeur. Dans les versets de ce psaume, cités ci-dessous, le Psalmiste rappelle au peuple le choix irrévocable que le Seigneur a fait de David, dont la royauté messianique constitue l’archétype et l’anticipation de celle du Seigneur et de Ses saints :

 

Psaume 89, 20 à 30 : « Jadis, en vision, tu as parlé et tu as dit à tes amis « J'ai prêté assistance à un preux, j'ai exalté un cadet de mon peuple. J'ai trouvé David mon serviteur, je l'ai oint de mon huile sainte; pour lui ma main sera ferme, mon bras [= ma puissance] le fera l’emporter (katischusei auton) L'adversaire ne pourra le tromper, le pervers ne pourra l'accabler; j'écraserai devant lui ses agresseurs, ses ennemis, je les frapperai. Ma vérité et mon amour seront avec lui, par mon nom s'exaltera sa vigueur ; j'établirai sa main sur la mer et sur les fleuves sa droite. Il m'appellera : Toi, mon père, mon Dieu et le rocher de mon salut! Si bien que j'en ferai l'aîné, le très-haut sur les rois de la terre. À jamais je lui garde mon amour, mon alliance est pour lui véridique ; j'ai pour toujours établi sa lignée, et son trône comme les jours des cieux. »

 

Dans les versets qui suivent, le Psalmiste évoque l’affirmation de Dieu, selon laquelle, si Son peuple pèche au point d’abandonner Ses commandements, il sera puni, mais sans perdre l’amour de son Seigneur, et surtout sans que la lignée davidique cesse d’exister :

 

Psaume 89, v. 31-38 : « Si ses fils abandonnent ma loi, ne marchent pas selon mes jugements, s'ils profanent mes préceptes et ne gardent pas mes commandements, je visiterai avec des verges leur péché, avec des coups leur méfait, mais sans retirer de lui mon amour, sans faillir dans ma vérité. Je ne profanerai point mon alliance, ne dédirai le souffle de mes lèvres ; une fois j'ai juré par ma sainteté, mentir à David, jamais ! Sa lignée à jamais sera, et son trône comme le soleil devant moi, comme est fondée la lune à jamais, témoin véridique dans la nue. »

 

Pourtant, la suite des événements semble démentir cruellement cette promesse divine. Le Psalmiste n’hésite pas à affirmer le pire :

 

Psaume 89, v. 39-47 : « Mais toi, tu as rejeté et répudié, tu t'es emporté contre ton oint ; tu as répudié l'alliance avec ton serviteur, tu as profané jusqu'à terre son diadème. Tu as fait brèche à toutes ses clôtures, tu as mis en ruines ses lieux forts ; tous les passants du chemin l'ont pillé, ses voisins en ont fait une insulte. Tu as donné la haute main à ses agresseurs, tu as mis en joie tous ses adversaires ; tu as brisé son épée contre le roc, tu ne l'as pas épaulé dans le combat. 45 Tu as ôté son sceptre de splendeur, renversé son trône jusqu'à terre ; tu as écourté les jours de sa jeunesse, étalé sur lui la honte.  Jusques à quand, Seigneur, seras-tu caché? Jusqu'à la fin? Brûlera-t-elle comme un feu, ta colère? »

 

Le psaume se termine sur un reproche attristé, mais non désespéré puisqu’il rappelle discrètement à Dieu « les prémices de Son amour » et le serment immuable qu’Il a fait à David. Si mystérieux qu’en soit le sens aujourd’hui, les deux derniers versets (52-53) semblent exprimer une mise en garde à l’encontre de celles et ceux qui, enhardis par le traitement divin sévère dont est l’objet le peuple juif en raison de ses transgressions, se haussent à ses dépens. C’est, comme si le Psalmiste disait à ses « adversaires » : Ne vous prévalez pas de ma déchéance, pour m’« insulter » : elle aura un terme. À preuve la bénédiction qui clôt cette plainte : « Béni soit Le Seigneur à jamais! Amen! Amen! » :

 

Psaume 89, v. 50-53 : « Où sont les prémices de ton amour, Seigneur? Tu as juré à David sur ta vérité. Souviens-toi, Seigneur, de l'insulte à ton serviteur je reçois en mon sein tous les traits des peuples ; ainsi tes adversaires, Seigneur, ont insulté, ainsi insulté les traces de ton oint ! Béni soit Le Seigneur à jamais! Amen! Amen! »

 

On aura peut-être remarqué qu’au verset 22 du Ps 89 (voir, plus haut, le premier extrait des citations de ce psaume), j’ai souligné le passage suivant : mon bras [= ma puissance] le fera prévaloir (katischusei auton) [sur ses ennemis]. La raison de cette mise en exergue est la présence de la forme verbale grecque katischusei du verbe katischuo, que l’on retrouve en Mt 16, 18, sous la forme katischusousin :

 

Matthieu 16, 18 : … « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Hadès ne prévaudront pas contre elle »

 

Il s’agit d’un parallèle théologique impressionnant : à l’immutabilité de la dynastie davidique, garantie par Dieu, correspond l’assurance donnée à Pierre par le Christ que l’Eglise, qu’Il a édifiée sur lui, ne succombera pas sous les assauts des forces des Ténèbres (l’Hadès) !

 

Ce que confirme, dans un autre contexte et avec un vocabulaire différent, l’apôtre Paul :

 

Romains 11, 1-2a : « Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non! Ne suis-je pas moi-même Israélite, de la race d'Abraham, de la tribu de Benjamin? Dieu n'a pas rejeté son peuple que d'avance il a discerné. »

 

J’ignore si ce parallèle a été remarqué par les spécialistes et, si c’est le cas, quelle conclusion théologique ils en ont tirée. En tout état de cause, voici la mienne :

 

Au témoignage de Paul,

 

Rm 8, 19-23 : … « la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: si elle fut assujettie à la vanité, - non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise, - c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. Et non pas elle seule: nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps. »

 

Or, depuis l’origine, l’Adversaire de Dieu s’évertue à faire échouer Son dessein de salut. Il est d’abord parvenu à rendre Adam mortel, sans réussir à détruire la création dont il était le centre et la conscience. Longtemps après, c’est au Christ Lui-même qu’il s’attaque, sans comprendre que Sa mort, connue d’avance par la prescience de Dieu et acceptée de plein gré par Son Fils, ouvrira une brèche fatale dans l’empire des morts.

 

Enfin, le Diable n’est certainement pas étranger au triple reniement de Pierre, comme en témoigne Jésus Lui-même Qui, peu avant Sa Passion, s’adresse à Son apôtre en ces termes :

 

Luc 22, 31-32 : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment ; mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. »

 

Après Sa résurrection, Jésus ‘exorcisera’ le triple reniement du chef de Son Eglise, par la triple profession d’amour qu’Il lui fera prononcer.

 

 

Au terme de ces brèves considérations, il ressort, me semble-t-il, du témoignage des Saintes Ecritures, que, malgré la prévarication d’une partie de ses membres, Dieu n’a pas rejeté ni ne rejettera pas davantage Son Eglise qu’Il n’a rejeté le peuple juif en raison de l’incrédulité dont une majorité d’entre eux a fait preuve à l’égard de la messianité et de la divinité du Christ.

 

 

© Menahem R. Macina

 

Pour en savoir plus sur l'auteur cliquer ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Menahem_Macina

 

 

 

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25/06/2019
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